Feux de forêt en France : vingt ans de données et les bons gestes qui évitent le pire

Chaque été, les mêmes images reviennent : des collines en flammes, des colonnes de fumée visibles à des dizaines de kilomètres, des campings évacués. Derrière ces épisodes spectaculaires, il y a une réalité plus discrète et beaucoup plus régulière : la France enregistre plusieurs milliers de départs de feu de végétation par an, dont l'immense majorité reste petite — précisément parce qu'ils sont détectés et attaqués vite. Nous avons passé au crible la base officielle qui les recense pour en tirer les ordres de grandeur, et rappelé les gestes qui empêchent la plupart de ces départs.

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Ce que disent vingt ans de recensement

La référence en la matière s'appelle la BDIFF, la Base de Données sur les Incendies de Forêts en France, tenue par le ministère de l'Agriculture à partir des déclarations des services de secours. Entre 2006 et 2025, elle recense 52 810 feux de végétation, pour environ 246 000 hectares parcourus — près de 2 500 km², soit plus de vingt fois la superficie de Paris.

Trois enseignements ressortent de ces vingt années. D'abord, le phénomène ne se limite pas au pourtour méditerranéen : plus d'une commune française sur quatre — 9 512 exactement — a connu au moins un départ de feu déclaré sur son territoire depuis 2006, de la Bretagne aux Vosges. Ensuite, la moyenne d'environ 2 600 départs par an cache des années très contrastées : 2022, année de sécheresse historique, culmine à 4 433 départs, quand 2024, année arrosée, en compte trois fois moins. Enfin, quelques événements concentrent l'essentiel des surfaces : une poignée de très grands feux pèse plus, à elle seule, que des milliers de petits départs éteints dans l'heure.

Des communes marquées durablement

La base rattache chaque incendie à la commune où il s'est déclaré, avec la surface parcourue sur toute son évolution — un grand feu déborde donc largement de sa commune de départ. À ce compte, la commune la plus marquée du pays est Landiras, en Gironde : 19 300 hectares rattachés aux feux qui y sont nés, l'essentiel lors des incendies de l'été 2022 qui avaient embrasé le massif des Landes girondines. Sa voisine La Teste-de-Buch, au pied de la dune du Pilat, détient un autre record : 93 départs de feu recensés en vingt ans, dont celui qui a fait évacuer 6 000 campeurs en juillet 2022.

Dans le Var, département le plus boisé de Provence, Gonfaron reste associée à l'incendie du massif des Maures d'août 2021 — près de 6 800 hectares rattachés à la commune — et Aiguines, aux portes des gorges du Verdon, cumule 2 765 hectares. Plus récemment, l'été 2025 a rappelé que l'Aude pouvait connaître des feux hors norme : la base rattache plus de 11 000 hectares aux départs déclarés à Ribaute, au cœur des Corbières, théâtre de l'un des plus grands incendies français des dernières décennies.

Neuf feux sur dix sont d'origine humaine

C'est le chiffre central de la campagne nationale de prévention : 9 feux de forêt sur 10 sont d'origine humaine, et un sur deux naît d'une simple imprudence — un mégot jeté, un barbecue trop près de la végétation, une étincelle de débroussailleuse ou de disqueuse, un brûlage de déchets verts qui échappe à son auteur. Près de 80 % de ces départs ont lieu à moins de 50 mètres des habitations : le risque ne se joue pas au fond des massifs, mais dans les jardins, les champs et les bords de route.

La météo ne déclenche presque jamais un feu, mais elle décide de sa taille. Sécheresse de la végétation, chaleur et vent forment le cocktail qui transforme une étincelle en incendie. C'est tout l'objet de la Météo des forêts, publiée chaque jour par Météo-France depuis 2023 : un niveau de danger par département, pour aujourd'hui et demain, que nous reprenons sur notre carte du risque d'incendie. Les jours orange ou rouge sont ceux où il faut renoncer au feu sous toutes ses formes, et reporter les travaux qui produisent des étincelles.

Les bons gestes, avant et pendant

Toute l'année : débroussailler

Dans les communes exposées, débroussailler autour de sa maison — en général sur 50 mètres — n'est pas un conseil mais une obligation légale, fixée par le code forestier (article L131-10) et précisée par arrêté préfectoral. C'est la mesure la plus efficace qui existe : un terrain débroussaillé prive le feu de combustible, protège la maison et sécurise les pompiers qui viendraient la défendre. Le classement de votre commune figure dans le dossier départemental sur les risques majeurs, consultable via Géorisques — et sur la page de votre commune sur notre site.

L'été : supprimer les étincelles

Les consignes officielles tiennent en peu de mots. Pas de barbecue en pleine nature — chez soi, sur une terrasse, loin des herbes sèches. Pas de mégot jeté, jamais, et surtout pas par la fenêtre d'une voiture. Les travaux à étincelles — disqueuse, poste à souder, débroussailleuse — se font tôt le matin, hors des jours à risque, avec de quoi éteindre à portée de main. Les déchets verts vont à la déchetterie ou au compost : leur brûlage est interdit la majeure partie de l'année, et c'est une cause récurrente de départs de feu.

Si un feu se déclare : 18 ou 112, et s'abriter

Dès la première fumée suspecte, appelez le 18 ou le 112 (le 114, par SMS, pour les personnes sourdes ou malentendantes) en localisant le départ le plus précisément possible : les feux éteints dans les dix premières minutes sont ceux qui ne font jamais parler d'eux. Si l'incendie approche, le réflexe le plus sûr est contre-intuitif : s'abriter dans un bâtiment en dur, portes et fenêtres fermées, plutôt que de fuir en voiture à travers la fumée. Une maison débroussaillée est le meilleur des abris, le temps que le front de flammes passe. Et on ne s'engage jamais sur une route enfumée, ni pour partir, ni pour regarder.

Connaître le risque près de chez soi

Le risque d'incendie est d'abord une affaire locale : l'historique de votre commune, le classement de son massif, le niveau de danger du jour dans votre département. C'est ce que nous avons rassemblé, commune par commune, à partir des données publiques : l'historique BDIFF et le classement DDRM sur la page de chaque commune — de Cavalaire-sur-Mer à Saumos —, la Météo des forêts du jour sur la carte nationale, et l'ensemble des couches — feux recensés, danger du jour, vigilance météo — superposables sur la carte de France des données locales.

Sources : BDIFF, ministère de l'Agriculture (feux 2006-2025, consultée en août 2026) ; feux-foret.gouv.fr, campagne nationale de prévention ; Météo-France, Météo des forêts ; Géorisques, dossiers départementaux sur les risques majeurs. Les surfaces sont celles que la BDIFF rattache à la commune de départ de chaque feu.

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